Psychose, le mot suscite le malaise, voire inquiète. Portes verrouillées, couloirs, cris, dédoublement de regards, vivants-morts, fétichisme. La réalité se perd dans le chaos, comme dans le film d’Alfred Hitchcock.
Le psychodrame fait le pari de transformer le chaos en drame, peut-être même en comédie dramatique : Il s’agit de conflictualiser le clivage, d’établir le règne des petites quantités, ouvrant ainsi la voie à un transfert tempéré, là où le risque d’un transfert idéalisant, omnipotent et/ou persécutant reste la marque de fabrique de la psychose…
La diffraction du transfert que ce dispositif induit prend ainsi une valeur structurale protectrice dans une organisation marquée par la fragilité des limites du moi, la menace de désintrication pulsionnelle et la prégnance d’angoisses archaïques. La concentration du transfert sur une figure unique risquerait en effet d’accentuer la massification des investissements.
Dans cette perspective, le psychodrame peut entraver la totalisation du délire en évitant qu’un seul objet ne soit capté dans cette reconstruction.
Le cadre groupal constitue en outre un étayage externe des fonctions de liaison défaillantes. La pluralité des contre-transferts protège chaque analyste d’une captation isolée par l’économie psychotique et permet un travail d’élaboration partagé face aux risques projectifs qui pourraient induire chez les thérapeutes des fantasmes empreints de toute-puissance réparatrice ou, à l’inverse, des sentiments d’inanité face à l’étendue du chaos.
En introduisant une aire de jeu qui peut faire fonction d’aire transitionnelle au sens winnicottien, le psychodrame ouvre un espace intermédiaire où la réalité interne et la réalité partagée ne sont ni confondues ni radicalement disjointes. Le jeu dramatique et le plaisir qu’il suscite, autorisent une mise en scène des fantasmes sans qu’ils envahissent immédiatement l’épreuve de réalité. Il ouvre ainsi à un travail de transformation, là où la destructivité régnait en maître. Le corps, sollicité au psychodrame, devient alors médiateur de symbolisation plutôt que simple vecteur de morcellement ou de persécution.
A l’heure où les politiques contemporaines de soin psychiatrique réduisent le patient à une gestion de symptômes et à une adaptation au socius, le psychodrame ose offrir un espace de rêve, un lieu où l’expérience psychotique peut être accueillie, mise en scène, pensée et partagée.